Bien que né près de Sébaste le 15 août 1884, Schavarch Missakian quitte son village natal avec sa famille à l'âge de six ans pour s'installer à Constantinople. Il fait ses études secondaires à l'école centrale arménienne de Constantinople.
Dès l'âge de seize ans, il commence sa carrière journalistique et ses premiers écrits sont publiés dans Sourhantag (le Messager).
En 1908, date de la proclamation de la Constitution de l'Empire Ottoman, il publie l'hebdomadaire littéraire Astag. A la même époque, il fonde la librairie Ardziv dans le but de pouvoir diffuser la littérature révolutionnaire des Arméniens du Caucase, interdite à l'époque par Abdul Hamid.
Puis en 1911-1912, il quitte Constantinople pour devenir rédacteur en chef du journal Haratch d'Erzeroum. Durant cette même année, il se rend pour la première fois en Arménie avec Rostom (l'un des trois fondateurs de la FRA Dachnagtsoutioun). De retour à Constantinople, il intègre l'équipe de rédaction d'Azadamard, organe du Comité Central du Parti.
En avril 1915, Azadamard est interdit par le gouvernement Jeunes Turcs. Plus de 200 intellectuels prennent le chemin de la déportation où la plupart seront massacrés.
Schavarch Missakian n'est pas arrêté et décide alors de vivre clandestinement pendant un an dans le quartier de Péra à Constantinople. De sa cachette, il rassemble des documents importants sur le génocide des Arméniens qu'il fait parvenir à l'étranger par des moyens secrets. Le gouvernement turc arrête alors son père, Alexandre Missakian mais celui-ci ne révèle pas la cachette de son fils. A l'été 1915, Alexandre Missakian est envoyé en exil à Konia. Après quelques temps, il parvient à s'échapper secrètement et retourne à Constantinople.
C'est en 1916 que Schavarch Missakian tente de passer en Bulgarie avec le soutien de Vladimir Dimitrief. Mais ce dernier est en fait un espion au service de la police turque qui dénonce Schavarch Missakian au moment même où il s'apprête à embarquer : le 16 mars 1916, il est arrêté et emprisonné. Tous les documents secrets qu'il avait sur lui sont remis à l'indicateur Haroutioun Meguerditchian qui les remet ensuite à Sureyka Bey. Pendant trois mois, menottes au poing, il subit toutes sortes de tortures mais il ne révèle aucun secret. Puis il est emmené à la prison militaire où il subit à nouveau des supplices et des coups : il refuse toujours de parler.
Un jour, ne supportant plus les souffrances et les atrocités dont il est victime, Schavarch Missakian décide de mettre fin à ses jours et se jette du troisième étage de la prison. Malgré de graves blessures, il survit et le 9 juin 1917, il est conduit à la prison centrale de Constantinople où il y restera jusqu'à sa libération, le 27 novembre 1918, date de l'occupation de la ville par les alliés. A l'armistice en 1918, il devient rédacteur en chef de Djagadamard, qui remplace Azadamard.
En 1919, il se rend à Erevan en tant que délégué au neuvième congrès du Parti.
Puis de 1921 à 1923, il va en Europe pour visiter de nombreux pays tout en parvenant à assurer ses éditoriaux pour Djadagamard. En 1924, il vient pour la première fois en France et est délégué au dixième congrès du Parti (Paris, novembre 1924-janvier 1925). Il est alors élu membre du Bureau Mondial de la FRA, qui constitue l'organe exécutif central du Parti. Il sera réélu en 1929.
A Paris, en 1925, il fonde le bi-quotidien Haratch, qui devient le 1er janvier 1927, le premier quotidien grand format arménien en Europe. De 1925 à 1933, il édite aussi Drochak avec Simon Vratsian et Archak Djamalian.
Durant l'occupation, il est privé du plaisir du journalisme. Il vit difficilement et publie quelques recueils littéraires. En 1942, les Allemands lui proposent de republier " Haratch " en lui fournissant imprimeries et papiers. Ils espèrent ainsi recruter en échange des ouvriers arméniens pour l'Allemagne. Mais Schavarch Missakian refuse catégoriquement.
A la fin de la guerre, le 8 avril 1945, le quotidien " Haratch " paraît à nouveau mais en petit format. C'est à ce moment que Schavarch Missakian prend conscience que la jeunesses arménienne, durant la guerre, n'a pu se réunir. Il pense que l'avenir de la cause arménienne est entre les mains des jeunes et qu'il faut leur donner les moyens de préserver leur patrimoine culturel, historique et linguistique. Ainsi, dans ce contexte, l'idée lui vient de créer la FRA Nor Seround. De 1946 à sa mort, il se donne corps et âme au journalisme tout en continuant son activité de militant au sein du Parti et de soutien permanent pour la jeunesse arménienne.
Il meurt le 26 janvier 1957 à l'âge de 72 ans d'une congestion cérébrale foudroyante. Son enterrement a lieu au Père Lachaise où la population arménienne est présente en nombre. Son cercueil est porté par des Dachnagtsagans et des Norseroundagans. Un membre du Comité Central du Nor Seround fait un discours à sa mémoire. L'archevêque de Paris, Manoukian, prononce une oraison et cite les mots que Schavarch Missakian avait l'habitude dire à la mort d'une personne : " Nous perdons à nouveau un être que l'in ne pourra remplacer ".
Schavarch Missakian était un homme intelligent et un grand journaliste dont les articles ont marqué la communauté arménienne de France durant de longues années. Mais c'était avant tout un homme simple, tolérant et fraternel qui a su garder son impartialité et sa clairvoyance. Il fut un véritable éducateur pour les Norseroundagans de son époque, qu'il a toujours encouragés à persévérer et à aller de l'avant.
Depuis presque 55 ans maintenant, la FRA Nor Seround a permis à de nombreuses générations de prendre conscience de leur arménité et de s'investir pour la cause arménienne.
Nous Norseroundagans du 21ème siècle, te devons notre mouvement.
Merci d'avoir laissé ce bel héritage à la jeunesse arménienne.